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L'échange épistolaire entre Martine Aubry et Manuel Valls a ouvert la compétition des égos au PS. Mais la présidente de la région Poitou-Charentes affiche ses distances avec ces polémiques. Même si les plus virulents à l'égard du PS qui se sont exprimés depuis lors sont des anciens proches (son ancien directeur de campagne Julien Dray sur son blog et son ancien «conseiller» Bernard Henry-Lévy au JDD).
Soixante députés socialistes présents en réunion de groupe mardi ont voté à l'unanimité un texte s'exclamant «Maintenant, ça suffit!» (lire ici en PDF). D'autres, absents et visés par les parlementaires, martèlent leur ligne (Valls dans une tribune au Financial Times, Montebourg et d'autres membres de la commission primaires dans Libération).
D'autres encore livrent de discrètes préconisations pour une gestion plus «collective» des «délibérations» du parti (François Hollande, dans Profession politique). Jack Lang prend le métro dans Le Parisien pour traiter le parti d'«arbre sec», le politologue Gérard Grunberg ne voit qu'un congrès extraordinaire pour sauver la situation (sur le site Télos).
Ségolène Royal, elle, a choisi d'intervenir lors d'une conférence de presse dans ses locaux boulevard Raspail (dans le VIe arrondissement parisien), au côté du sociologue Edgar Morin. Ensemble, ils mèneront début octobre les débats de l'Université européenne internationale d'été à Poitiers, organisés par l'«institut international de recherche, politique de civilisation» . Face aux chicayas internes, elle a voulu mettre en scène son travail de fond.
Après un quart d'heure de présentation, elle a accordé plutôt sèchement trois réponses à une même question: Et le PS ? En quatre minutes, cinq peut-être, l'affaire était entendue. Ségolène Royal, sans doute un peu destabilisée par la pression médiatique d'une vingtaine de caméras et micros l'entourant dans une pièce surchauffée et exiguë, finit par lâcher: «J'apporte mon soutien à tous les socialistes dont Martine Aubry qui travaillent qui font des efforts, qui essaient de se relever (…). Les choses ne sont pas faciles. Je suis persuadée qu'elles vont aller mieux s'il y a un travail sérieux qui est fait». (voir la vidéo)
Sa réappropriation
symbolique de la «politique de civilisation» est passée inaperçue, en plein cœur du feuilleton estival d'une rose se fânant irrésistiblement. Avec le soutien financier de la région
Poitou-Charentes, les quatre jours de débats porteront autour des réformes nécessaires pour «humaniser la civilisation». En se rapprochant d'Edgar Morin, elle remet au goût du jour la
volonté «civilisationnelle» vite abandonnée par Nicolas Sarkozy. Mais l'opinion ne retiendra pour l'heure que son soutien mesuré à Martine Aubry, ambiance service
minimum.
"Mieux vaut rester en retrait".
Membre de son conseil politique, Jean-Pierre Mignard confirme la stratégie de moins-disante de Royal : «Elle est dans l 'état d'esprit de ne surtout pas contribuer à attiser les tensions. Pour porter une parole forte, mieux vaut attendre un moment où il y aura moins d'antagonismes. Même si en septembre, il faudra forcément émettre sur une toute autre fréquence que nos seules rivalités internes». Peut-être que Royal choisira sa prochaine fête de la fraternité (organisée fin septembre au Zénith de Montpellier) pour s'exprimer sur l'état de la gauche. «Mais pour l'instant, le parti est trop fragile pour entrer dans la mêlée», soupire le président de Désirs d'avenir.
La députée des Deux-Sèvres Delphine Batho illustre
par l'exemple la nécessaire prise en compte du timing : «Royal est pour des primaires, mais si elle s'exprimait maintenant sur le sujet, on l'accuserait de tous les maux. Mieux vaut rester en
retrait. Et puis, Ségolène ne veut surtout pas être une femme de courant.»
Cela fait belle lurette que la prétendante du congrès de Reims s'est mise en retrait de l'appareil,
depuis que le courant L'Espoir à gauche s'est lancé sous l'égide de Vincent Peillon.
Batho résume: «Les amis de Ségolène sont organisés, avec d'autres…» Les enjeux internes du PS ne sont plus la préoccupation première de l'ancienne candidate à la présidentielle.
Officiellement réconciliée avec Martine Aubry (depuis le meeting de Rezé), désormais représentante française dans le presidium de l'Internationale socialiste, l'heure est au travail, avant la
campagne.
Pour le travail, Désirs d'avenir représente pour Royal un «pole de stabilité», selon les termes de Batho, qui invoque dans la foulée le patois picto-charentais: «Ça nous permet d'avoir un “va-devant”, c'est-à-dire un temps d'avance, grâce à un cadre général de réflexion où il n'y a aucun enjeu de pouvoir». En ce moment, on envisage d'anticiper la question des retraites et de la réforme fiscale. Tout en gardant un œil sur l'écologie.
Par exemple en organisant une «université populaire participative» sur les pesticides. Où en faisant de la région Poitou-Charentes un laboratoire de politique environnementale, et en communiquant abondamment sur les réalisations écologiques. Un bilan qui doit servir sa prochaine campagne électorale, aux régionales.
En Poitou-Charentes, Ségolène Royal a axé cette année son action (et sa communication) sur l'aide aux entreprises en difficulté (avec Heulliez en étendart) et sur la croissance verte. Mais pour celle qui avait mené congrès en promettant un referendum militant sur les alliances avec le MoDem, les prochaines régionales seront-elles un laboratoire stratégique ?
La présidente de région se verrait bien conduire une liste PS-Verts-MoDem. «On a toujours gardé la même ligne, la seule qui puisse permettre d'être majoritaire : l'alliance arc-en-ciel, de Besancenot à Bayrou», dit Batho. Avant d'assurer que «les régionales ne sont pas encore dans les têtes», et que la campagne sera «d'abord locale et basée sur le bilan».
La chef de file des Verts à l'assemblée régionale, Marie Legrand, est enthousiaste sur «les avancées effectuées en six ans, bien plus loin que le programme qu'on avait négocié en 2004». Pour elle, «les Verts n'ont eu aucun bâton dans les roues, bien au contraire. Même si sur la forme, la communication hyper-personnalisée et les méthodes de gouvernance, ça n'a pas évolué dans le même sens…»
Legrand n'est pas forcément hostile à une alliance de premier tour («Ségolène nous rencontrerait tous les jours pour en parler, si on le voulait»), mais elle estime que «pour l'instant, la stratégie d'autonomie d'Europe-Ecologie majoritaire localement». Dans tous les cas, elle ne se dit pas très chaude pour un accord avec le MoDem. «Parce qu'ici, ils sont vraiment de droite, et on n'en a pas besoin pour gagner».
Sur les alliances comme sur le fond et le résultat, la campagne de Royal aux prochaines régionales va être scrutée à la loupe par le mundillo des observateurs, mais aussi le peuple socialiste et, au final, l'opinion française. En 2004, elle avait fait de sa victoire aux régionales contre Jean-Pierre Raffarin le tremplin de son émergence politique nationale. En 2010, elle espère faire de sa réélection un trampoline, propice au rebond.
Source : Médiapart.
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